Les lois du football

Coup de tete

La finale de Coupe du monde de football 2006 voit s’opposer les équipes de France et d’Italie.

Les deux équipes sont à égalité (1-1) et les prolongations se terminent lorsque, à la 108e minute de la rencontre, Zinédine Zidane, le capitaine de l’équipe de France, assène un violent coup de tête au thorax d’un défenseur de l’équipe d’Italie Marco Materazzi.

L’arbitre principal qui supervise le jeu à l’autre extrémité du terrain n’aperçoit pas la faute, qui ne lui est pas signalée immédiatement par le quatrième arbitre : mis au courant il expulse le joueur. Réduite à dix, sans son leader, l’équipe de France, choquée, ne se créera plus d’occasion et perdra la rencontre aux tirs aux buts, manquant ainsi l’occasion d’une seconde étoile sur son maillot.

Ayant annoncé qu’il cesserait sa carrière à l’issue de la Coupe du monde Zinedine Zidane jouait le dernier match de sa carrière. La sélection française étant en finale, la perspective d’une sortie en apothéose pour ce joueur mondialement célèbre était vraiment envisageable. Mais son coup de tête provoque sa retraite sur un tout autre scénario,

Zidane quitte le football sur un carton rouge, le 14e de sa carrière. La Fifa le désignera pourtant comme le meilleur joueur de la Coupe du monde 2006.

Il expliquera que Marco Materazzi lui avait tenu des propos injurieux. Et déclarera : « Il faut punir les provocateurs. Il faut regarder les images et voir ce qu’il m’a dit. J’ai été provoqué. J’ai fait quelque chose qui n’était pas bien et j’ai été puni. Je ne veux attaquer personne mais je veux me défendre. On punit toujours la réaction et jamais la provocation ».

Devant le tumulte médiatique, notamment en France, la Fifa lancera une enquête sur l’altercation. A l’issue de laquelle les deux joueurs seront sanctionnés. Le Français à 3 matchs de suspension en équipe de France et à 7 500 francs suisses d’amende, l’Italien à 2 matchs officiels de suspension et à une amende de 5 000 francs suisses.

Infligée à un joueur à la retraite, la suspension de Zidane était purement symbolique. D’autant plus que son titre de meilleur joueur de la Coupe ne lui sera pas retiré. En revanche la sanction de Materazzi était inattendue, la Fifa n’ayant jamais puni de « provocateur » jusqu’alors.

L’opinion footballistique en Italie, bien sûr, mais également en France critiquera cette décision de la Fifa en considérant que l’instance dirigeante du football mondial s’est laissé influencer par le statut médiatique de Zidane : « La Fifa a fait preuve d’une partialité scandaleuse, refusant d’être objective. L’Italie et Materazzi peuvent se sentir frustrés et outrés par une telle décision. (…) Les provocations sont choses courantes dans le football et uniquement parce que Zidane n’a pas réussi à garder son calme, cela devient une chose grave». Un éducateur français regrettera : « On met sur le même plan la violence physique et la violence verbale. Comment vais-je expliquer aux petits que j’entraîne qu’il ne faut pas réagir aux provocations ? »

Les lois du jeu, le corpus de règles du football ne prévoient pas de sanction par l’arbitre de la violence verbale entre joueurs. Quitte à ce qu’ils régissent verbalement. C’est plus simple. Et moins subjectif.

Les footballeurs ne seraient-ils pas vraiment sages ?

Post Scriptum :  un an après les faits Marco Materazzi a livré sa  version des propos échangés. Alors qu’il retenait Zidane par son maillot celui-ci lui aurait dit : « Si tu veux vraiment mon maillot, je te le donne après le match » ce à quoi il aurait répondu: « Je préfère ta putain de sœur ».

2 réflexions au sujet de « Les lois du football »

  1. Pierre

    Il paraît qu’être Ballon d’or ne donne pas le droit de donner un coup de poing et un coup de pied à l’adversaire au cours d’un même match.
    Et si l’on est défenseur milanais on ne peut pas non plus tenter d’étrangler à deux reprises le capitaine romain.

    Ces règles empêchent les joueurs de s’exprimer pleinement dans un échange constructif comme on peut en voir en hockey nord-américain.

    Répondre
    1. DHuneau Auteur de l’article

      Ces exemples trouvés dans l’actualité récente illustrent le fait que les lois du football sanctionnent les violences physiques – observables et indiscutables.
      Les dites lois ne considèrent pas comme abus de la liberté d’expression devant être réprimés (au sens de Déclaration universelle des droits de l’homme), les agressions verbales de toute sorte qui ont cours sur les terrains. En effet la gravité de ces offenses découle directement du ressenti de la « victime » et est donc totalement subjective et culturelle.
      Le législateur footballistique a la sagesse de ne pas s’engager sur la voie glissante de l’appréciation de la force de ces outrages pour en rester aux faits.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *