La France des nuages


  nuage tricolore

La technologie des systèmes d’information évolue sans cesse. Les clients veulent des solutions toujours plus simples, plus flexibles et moins chères.

C’est l’heure de gloire des solutions  SaaS (Software as a Service – Le logiciel en tant que service ) et IaaS (Infrastructure as a service –  Infrastructure en tant que service)  dans lesquelles certains logiciels ou bases de données sont installés sur des serveurs distants plutôt que sur les machines des utilisateur ou les serveurs de l’entreprise. Les clients ne gèrent plus des infrastructures ou des logiciels mais achètent un service en ligne. Plus simple. Moins cher.

C’est le cloud ou le nuage. Il connaît un développement exponentiel.

Mais il y a un risque  :  les infrastructures  informatiques (serveurs, stockage, sauvegarde, réseau) se trouvent physiquement chez le fournisseur. Propulser dans les nuages ses données et ses process suppose donc des garanties sur le fournisseur. Qualité de service et pérennité bien sûr, mais également confidentialité et sécurité. Aucune entreprise ne souhaite perdre ses données ou voir ses secrets éventés.

Et pour cela faire appel à des fournisseurs étrangers notamment américains n’est pas très rassurant.  Interrogées, les entreprises françaises déclarent ne pas souhaiter que leurs données soient stockées dans la patrie du Patriot Act–  qui accorde à l’État américain un droit de regard sur les données des entreprises américaines et leurs filiales,  quelle que soit leur localisation, et donc aux données des entreprises étrangères hébergées sur des serveurs  » américains ».  .

Non seulement le stockage de proximité améliore le transfert de données mais sécurité et confidentialité des données plaident pour un  cloud  Made in France.

 M. Fillon, alors premier ministre, prenait en 2009 le taureau par les cornes  : “Il faut absolument que nous soyons capables de développer une alternative française et européenne dans ce domaine, qui connaît un développement exponentiel, et que les Nord-Américains dominent actuellement”.

L’Etait allait encourager l’apparition d’un « Cloud public souverain » autour de trois sociétés françaises majeures : Orange, Thalès et Dassault-Systèmes, soutenues par 150 millions d’euros du Grand Emprunt pour les  Investissements d’avenir. Dans une activité ou la taille critique impose sa loi, celle des économies  d’échelle, les experts pronostiquaient que ce nouvel acteur devrait facturer près de 600 millions d’euros en 2015.

Las ! Orange et Dassault Systèmes se fâchent en 2011,sur fond de désaccords stratégiques. Fin du beau projet ?

Que nenni. Le nouveau gouvernement relance un appel à projets. Le Cloud est une des 34 priorités stratégiques de M. Montebourg. Et désormais il supporte deux projets : Cloudwatt autour d’Orange et Thalès, et Numergy autour de SFR et Bull sont créées en septembre 2012. L’État n’a pas voulu faire de jaloux entre les opérateurs. Un non-sens économique quand on parie sur  des économies d’échelle. Mais chacune des deux sociétés concurrentes espère 400 à 500 millions de chiffre d’affaires en 2016/2017 et reçoit 75 millions d’euros du Grand Emprunt.

Mais voilà, en 2014, alors que le  Cloud en France aurait représenté une activité de 5 milliards d’euros les deux acteurs souverains n’ont encaissé au total que 8  millions d’euros. Cloudwatt a été racheté par Orange. Quant à Numergy co-entreprise de SFR et Bull elle cherche sa voie : Bull a été racheté par Atos qui a ses propres solutions Cloud, et SFR, acquis par Altice,  a sans doute d’autres soucis.

M. Macron vient d’annoncer que l’État arrêtait les frais et ne verserait pas le solde des 150 millions d’argent public.  Intérêts divergents.  Game over.

En fait le projet était flou : l’État a laissé penser qu’il souhaitait y loger les données des administrations publiques mais celles-ci tiennent à avoir leurs propres « data centers ». Et ni Orange, ni Thalès, ni Bull ou SFR ne sont à proprement parler des start-up.

Mme Pellerin aurait tenté de stopper la machine. « Mais tout était verrouillé et le Commissariat général à l’investissement, dont c’était le bébé, était soutenu par Matignon ».

Avec le  Cloud souverain, l’administration a en tout cas à nouveau prouvé que l’innovation ne se décrète  pas  à coup de réunions et de rapports dans les ministères.

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