Fumeuse croissance

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Sur  la radio de service public un chroniqueur nous rapporte le passe-temps un peu particulier d’une habitante de la presqu’île de Rhuys dans le Morbihan. Quand elle arpente Kerners, Penbert ou le centre bourg d’Arzon Annick s’arme d’une bouteille en plastique pour ramasser tous les mégots qu’elle trouve. Avec tant d’entrain qu’elle en a récupéré 55.000. Il lui est arrivé d’en ramasser  650 en une seule promenade  Comme elle l’explique « un mégot met douze ans à disparaître »  et il peut tuer « des bébés goélands ou des poissons » qui  l’ingéreraient. Et comme le fait remarquer notre chroniqueur  « ce n’est pas idiot sachant qu’ils sont recyclables : on peut en faire du plastique ».

A vrai dire, pour le moment Annick n’a pas encore trouvé à les recycler. Ce n’est guère étonnant car pour une simple chaise de jardin – celle que l’on achète à 10 euros à la jardinerie – il faut collecter plus de 200.000 mégots. Et Annick en est encore loin.

Mais pour notre chroniqueur ce passe-temps n’en reste pas moins  « écologique  et  absolument nécessaire ». Et alors que la ville de Paris vient d’annoncer qu’elle sanctionnerait désormais d’une amende de 68 euros les malotrus jetant sans vergogne leur mégot sur la voie publique il profite de la présence de M.Sapin, le ministre des finances pour l’interpeller sur son idée citoyenne pour sauver la planète :

« Si on récompensait ceux qui servent ainsi l’intérêt général, le bien public. Et si, justement, motivation et incitation étaient les deux mamelles du civisme ? Parce que  si l’État et les collectivités locales punissent les comportements non écologiques, ce n’est pas seulement pour le bien de la planète… Mais aussi parce que les taxes, et les amendes ça leur rapporte ! Alors punir le vice et les fautifs d’accord ! Mais pourquoi ne pas récompenser la vertu de ceux qui aident au bien public ? Pourquoi ne pas payer ceux qui ramassent les mégots avec une petite partie de l’argent taxé à ceux qui sont verbalisés ?

Une manière, Monsieur Sapin, de faire rimer civisme et écologie, tout en faisant marcher l’économie et donc la croissance. J’ai bon ? « 

S’agit-il d’écologie ou de simple propreté ?  On peut en discuter mais là n’est pas la question.

Si l’on suit notre journaliste plus on jettera de mégots, plus on mobilisera d’agents de police pour dresser des procès-verbaux, de fonctionnaires des finances pour collecter les taxes et distribuer quelques subsides à des bénévoles de plus en plus nombreux pour ramasser les dits mégots. Et toute cette agitation ferait « marcher l’économie et donc la croissance ». Miraculeusement puisqu’aucune richesse nouvelle n’aura été créée.

M. Sapin lui a répondu que « le plus simple était de ne pas jeter ses mégots par terre ».

Confirmant ainsi les propos de son collègue, ministre de l’économie pour qui « il n’est pas interdit d’être de gauche et de bon sens ».

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