Archives de catégorie : Economie

Les banquiers sucrent les madeleines

 

madeleines

La biscuiterie Jeannette, fondée en 1850, a été placée en liquidation judiciaire le 3 janvier 2014. Les 37 ex-salariés ne se résolvent pas à la disparition de l’entreprise, et occupent depuis février leur ancienne usine pour éviter la saisie des machines et leur vente aux enchères.  Périodiquement ils produisent des madeleines qui rencontrent un vif succès.

Un entrepreneur souhaitant relancer l’activité de cette marque symbole de la Normandie a lancé une collecte en ligne sur le site de financement participatif Bulb in town. Et ça a marché :   2 076 internautes ont promis de lui verser, bien au-delà de l’objectif de 50 000 euros qu’il s’était  fixé, 100 882 euros qui attestent de l’engouement des consommateurs.

Si le tribunal de commerce de Caen choisit son projet de reprise, les contributeurs obtiendront des contreparties : selon le niveau de leur financement, d’une inscription à vie au Club Jeannette à un abonnement mensuel à la totalité de la gamme des madeleines

Ce projet de reprise est le seul parmi les sept offres déposées à prévoir la reprise de salariés, une dizaine et il relance l’espoir. Seul hic : Continuer la lecture

Le long du golf clair

Club de golf

Le conseil des ministres vient d’approuver un projet de loi exonérant l’Euro 2016 de football d’impôt. Pour un chiffre d’affaires attendu de 2 milliards d’euros dont 1 milliard de droits télévisuels,  400 millions de sponsoring et 500 millions de billetterie, l’UEFA attend 900 millions d’euros de bénéfices qui lui seront donc entièrement acquis. Au taux de l’impôt sur les bénéfices c’est un cadeau de 300 millions d’euros, que les 12 millions d’euros de TVA attendus sur la billetterie sont bien loin de compenser.

Rien de nouveau en fait. Cette disposition exorbitante du droit commun était imposée par l’UEFA dès son appel à candidatures en 2010, tout comme a elle exigé des installations qui pour cet Euro 2016 coûteront aux  collectivités locales concernées 2 milliards d’euros en travaux de construction ou d’aménagement des stades et en dispositifs d’accès et de transport.

Panem et circenses 

Le projet de loi prévoit la même exonération fiscale pour la Ryder Cup. La Ryder Cup est un tournoi de golf créé en 1927 qui oppose par équipes les USA et l’Europe. La France va l’accueillir   au Golf National de Saint-Quentin-en-Yvelines en 2018, pour six jours.

Le budget à la charge du pays hôte est de 40 millions d’euros. Cela comprend les travaux d’aménagement du Golf National, les frais d’organisation et le paiement de 18 millions d’euros de droits aux organisateurs. Ceux-ci seront payés par les licenciés de la fédération française de Golf et pour le reste on compte sur des sponsors et des subventions publiques.

La billetterie, les droits de marketing et télévisuels de l’événement restent réservés aux  organisateurs c’est à dire les associations des meilleurs golfeurs professionnels européens et américains. Elles sont très discrètes sur les gains attendus. On parle de plusieurs dizaines de millions d’euros susceptibles d’être redistribués à deux ou trois centaines de joueurs, dont nombre gagnent un million de dollars ou plus par an.

La loi leur évitera l’impôt à 75 %.

Malaise français

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M. Pisani-Ferry est le fils d’Edgard Pisani ancien ministre du général de Gaulle et de François Mitterrand et l’arrière-petit-neveu de Jules Ferry le ministre fondateur de l’école de la République.

Ingénieur Supélec de formation, il est économiste et depuis mai 2013 commissaire général à la stratégie et à la prospective  –  directeur général de France-Stratégies comme on dit maintenant. Cet organisme – rattaché au Premier ministre – « concourt à la détermination des grandes orientations de la Nation […et…] à la préparation des réformes ».

Dans la dernière livraison de la revue « Le Débat » M. Pisani-Ferry signe un  article sur « La nouvelle question productive » . Il y écrit que la France souffre du « malaise hollandais ».

Alors que prospère la rumeur de désaccords stratégiques entre les deux têtes de l’exécutif faut-il y voir – de la part d’un homme travaillant pour M. Valls – une formule visant la politique économique voulue par le président de la République ?

Pas du tout. Le malaise hollandais (« dutch disease ») est un terme faisant référence à la stagnation économique des Pays-Bas durant les années soixante-dix malgré la découverte de  gisements de gaz naturel considérables. Au cours de ce boom de ressources naturelles les agents économiques auraient délaissé les autres activités pour se focaliser sur cette activité aux gains faciles dont la rente aurait facilité le laxisme dans la gestion privée et publique.

La France n’a pas connu de boom de ressources naturelles ; mais M. Pisani-Ferry estime que le secteur exposé à la concurrence internationale est « étouffé » « par « les rentes dont bénéficient ceux qui en sont abrités ». C’est cette situation qui rendrait atone l’économie française et à laquelle il faut remédier et « pourchasser les rentes de situation »

Sont abritées de la concurrence internationale les activités non délocalisables (services aux particuliers notamment) mais également toutes les activités abritées de la concurrence nationale. Cela fait énormément de potentielles situations de rente – et sans doute presque autant de rentes avérées. Et donc beaucoup de « rentiers », également électeurs, à pourchasser.

Pas facile à faire.Et même à dire.

C’est peut-être bien cela le vrai « malaise Hollandais« .

Le juge et le patron

Code du travail

Une polémique de plus.

M. Gattaz, le président du MEDEF a suggéré que la France dénonce la convention 158 de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) sur le licenciement. Celle-ci, en posant des contraintes sur les licenciements, serait un frein à l’embauche.

Si chefs d’entreprises français embauchent peu c’est que se séparer d’un salarié pour une raison ou une autre serait long et coûteux : dans 25% des cas un licenciement débouche sur un contentieux aux prud’hommes qui dure des mois, voire des années.

En effet cette convention 158 stipule qu’«un travailleur ne devra pas être licencié sans qu’il existe un motif valable de licenciement lié à l’aptitude ou à la conduite du travailleur ou fondé sur les nécessités du fonctionnement de l’entreprise» et que les tribunaux doivent pouvoir « examiner les motifs invoqués pour justifier le licenciement  » et «  décider si le licenciement était justifié  » et « en cas de licenciement motivé par les nécessités du fonctionnement de l’entreprise […] déterminer si le licenciement est intervenu véritablement pour ces motifs, étant entendu que l’étendue de leurs pouvoirs éventuels pour décider si ces motifs sont suffisants pour justifier ce licenciement » relève de la loi nationale.

Et en France la loi et la jurisprudence de la Cour de cassation ont donné au juge du fond cette faculté de se substituer à l’employeur pour décider de la suffisance du motif.

Sur le plan du droit M. Gattaz se trompe donc : stricto sensu ce n’est pas la convention qui habilite cette intervention du juge mais la loi française qui a retenu de lui confier des pouvoirs que la convention ne considère qu’éventuels.

Quant aux faits : sur les 28 pays que compte l’Union européenne 10 – Chypre, l’Espagne, la Finlande, la France, la Lettonie, le Luxembourg, le Portugal, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède – ont ratifié cette convention. Leur taux de chômage s’étage de 6,3 % (Luxembourg) à 24,5 % (Espagne) alors qu’il s’étage de 4,9 % (Allemagne et Autriche) à 26,3 % pour les 18 autres. 6 de ces 10 pays (dont les plus grands) présentent un taux de chômage supérieur à la moyenne de l’Union contre 6 (dont les plus petits) parmi les 18 ne l’ayant pas ratifiée.

Pourquoi M. Gattaz ne demande-t-il pas la modification de la loi française ?

En transit vers la croissance

Avenir vert

La loi «sur la transition énergétique pour une croissance verte» vient d’être adoptée en première lecture par les députés, socialistes et écologistes. Seul M. Mamère trouvant ce texte «pétri de bonnes intentions» mais «pas à la hauteur» ne l’a pas voté. Même Mme Duflot, pourtant si critique du gouvernement depuis qu’elle n’en fait pulserait s’est félicitée du«premier véritable débat démocratique sur l’avenir énergétique de la France». La ministre, Mme Royal, a estimé que «L’Assemblée démontre que l’on peut réconcilier la croissance et l’énergie», reprenant l’argument de Mme Cosse pour qui la transition énergétique peut «augmenter le pouvoir d’achat des gens et créer de l’emploi».

Le point de départ de cette loi est partagé : nous devons aller vers une société qui consomme moins d’énergie et qui soit moins dépendante des énergies fossiles. En consommant à grande vitesse une énergie fossile aux réserves finies selon des procédés qui dégradent la planète de manière peut-être irrémédiable par la pollution atmosphérique et le réchauffement climatique l’humanité est engagée dans une spirale mortifère.

Donc consommer moins et mieux d’énergie, et renouvelable.

On connaît les solutions : mieux isoler les bâtiments, développer la production d’électricité «de bas carbone» par les éoliennes, l’énergie solaire et la biomasse. Elles nécessitent des investissements considérables.Travaux d’isolation, construction de centrales à énergie renouvelables mais aussi et surtout le développement du réseau électrique. En effet l’électricité renouvelable est produite là où il y a du vent, ou du soleil pas forcément là où elle est consommée, et étant intermittente, doit être suppléée par des centrales de renfort durant les creux de production.

Investissement donc travaux donc emplois supplémentaires. Du moins si on est capable de réorienter les chômeurs vers ces emplois. Mais pouvoir d’achat certainement pas : dans un premier temps les investissements coûtent sans rien rapporter et à terme la chaîne de production d’énergie restera moins efficace que la consommation «à fonds perdus» actuelle. Nous sommes condamnés à travailler plus pour protéger l’atmosphère et espérer avoir à peine autant.

Au fait en économie la dégradation de notre environnement ça s’appelle une externalité négative : un désavantage collectif que les citoyens ne ressentent pas individuellement. Il y a même un outil pour le traiter : la taxation. Si l’on taxe l’émission de CO2, les acteurs vont chercher à la réduire ; de plus les taxes peuvent contribuer à financer les investissements nécessaires. Mais alors l’énergie va être clairement plus chère et il devient difficile de prétendre que le pouvoir d’achat n’en sera pas affecté.

Voilà sans doute pourquoi Mme Royal s’oppose à toute fiscalité «punitive», là où M. Mamère déclare que «sans fiscalité écologique, il n’y a pas de transition énergétique possible».

Avec un point de croissance t’as plus rien

Sucre d'orge

Le président François Hollande a estimé que la prévision de 1% de croissance pour 2015 paraissait« réaliste », en dépit du scepticisme du Haut conseil des finances publiques.

Cet organisme indépendant placé auprès de la Cour des comptes depuis la loi qui l’a créé en décembre 2012 pour apprécier le réalisme des prévisions macroéconomiques associées aux textes budgétaires a estimé que « la prévision de croissance de 1 % [en 2015] paraît optimiste».

Optimiste ne signifie pas forcément faux. 1 % de croissance c’est 1 % de PIB en plus. Rêvons à ce que 1 % va apporter à chacun des Français.

Pour les retraités d’abord : chaque année ils sont un peu plus nombreux en France, 2 % de plus. L’espérance de vie croît plus que l’âge de la retraite. Comme les pensions représentent environ 15 % du PIB, voilà 30 % de ce point de croissance consommés

Pour les malades ensuite : chaque année on dépense un peu plus pour la Santé en France. Le rythme d’augmentation a ralenti mais c’est toujours 3 % par an ou presque : les Français sont plus vieux donc plus malades et les soins toujours plus complexes et plus chers. Comme les dépenses de santé représentent environ 12 % du PIB, voilà encore 0,3 % de croissance bien utilisés.

Pour tout le monde enfin. Avec l’espérance de vie qui croît et le solde migratoire positif nous sommes de plus en plus nombreux chaque année. La part de chacun se réduit d’environ 0,4 % par an.

Donc avec 1 point de croissance on maintient le niveau de vie des retraités et des autres, en les soignant un peu mieux. Mais c’est tout. Devinez ce que cela signifie pour le pouvoir d’achat.

Question :avec 0,5 point de croissance ?